La Bouche de Fer

Annexe

samedi 17 novembre 2001 par Alex Matin

On trouvera ci-dessous la traduction de la convention rédigée par la Société ouvrière de Rio Gallegos exposant les conditions exigées pour mettre fin aux grèves de la fin 1920. L’accord signé par les propriétaires sous la pression du gouverneur Yza reprend, à quelques détails près, ce texte. C’est pour protester contre le non respect de cette convention que les travailleurs ruraux se mettront en grève fin 1921. Le texte, voté en assemblée générale et signé par A. Soto le 18 novembre 1920, est une réponse du syndicat à une proposition faite par les propriétaires quelques jours auparavant. On remarquera, dans quelques passages, une phraséologie typiquement radicale, les radicaux ayant encore une certaine influence à cette époque.

CONVENTION DE CAPITAL ET TRAVAIL

1. Les estancieros [propriétaires] s’engagent à améliorer, dans les plus brefs délais possibles imposés par les circonstances locales et régionales, les conditions de confort et d’hygiène de leurs travailleurs, déterminées par ce qui suit

a) Dans une pièce de 4 x 4 mètres ne dormiront au maximum que trois hommes ; ils le feront dans des lits avec matelas ; les couchettes seront abolies. Les chambres seront bien ventilées et désinfectées tous les 8 jours. Il y aura dans chaque pièce un lavabo et de l’eau en quantité pour permettre aux travailleurs de se laver après le travail.

b) La lumière sera à la charge du patron, qui devra donner tous les mois à chaque travailleur un paquet de bougies. Dans chaque salle de réunion, il devra y avoir une poêle, une lampe, et des bancs, tout ceci étant à la charge du patron.

c) Le samedi après-midi servira exclusivement à laver les vêtements des peones ; exceptionellement ceci sera effectué un autre jour de la semaine.

d) Le repas comprendra 3 plats y compris la soupe, ainsi qu’un dessert et du café, du thé ou du « mate » (NDT : infusion typiquement argentine).

e) Le matelas et le lit seront à la charge du patron et les vêtements à celle de l’ouvrier.

f) En cas de vents forts ou de pluie, on ne travaillera pas, sauf dans des cas d’urgence reconnus par les deux parties.

g) Une trousse de secours avec instructions en espagnol devra être installée dans chaque estancia ou bergerie.

h) Le patron s’engage à conduire le travailleur licencié, ou dont il n’a plus besoin, au lieu d’où il a été amené.

2. Les estancieros s’engagent à payer à leurs ouvriers un salaire minimum de 100 pesos et la nourriture ; les salaires qui dépassent actuellement cette somme ne seront pas abaissés. L’augmentation des salaires sera laissée au libre arbitre des patrons et sera toujours en relation avec la capacité et le mérite du travailleur. Les patrons s’engagent aussi à employer un aidecuisinier pour un nombre de personnes compris entre 10 et 20 ; 2 aide-cuisiniers si le nombre est compris entre 20 et 40, et en plus un boulanger s’il dépasse 40.

Les peones mensualisés qui devront conduire un harnais en dehors de l’établissement gagneront en sus du salaire mensuel 12 pesos par jour avec des chevaux de l’estancia ; ceux qui ne sont pas mensualisés, 20 pesos par jour en utilisant leurs propres chevaux. Les harnacheurs mensualisés toucheront 20 pesos par poulain dompté ; ceux qui ne sont pas mensualisés, 30 pesos.

3. Les estancieros s’engagent à mettre dans chaque bergerie un ou plusieurs bergers selon son importance, en établissant une inspection bihebdomadaire pour faire face aux nécessités du ou des occupants, en donnant préférence pour ces postes à ceux qui ont de la famille, à qui on donnera des avantages selon le nombre d’enfants, en croyant de la sorte encourager l’augmentation de la population et l’agrandissement du pays.

4. Les estancieros s’engagent à reconnaître et reconnaissent de fait la Société ouvrière de Rio Gallegos en tant qu’une entité représentative des ouvriers, et acceptent que soit désigné dans chaque estancia un délégué qui servira d’intermédiaire dans les relations entre les patrons et la Société ouvrière et qui sera autorisé à résoudre provisoirement les questions d’urgence affectant les droits et les devoirs de l’ouvrier ainsi que ceux des patrons.

5. Les estancieros tâcheront, dans la mesure du possible, que tous leurs ouvriers soient fédérés, mais ils se compromettent à ne pas les obliger à se fédérer et à ne pas embaucher uniquement du personnel fédéré.

6. La Société s’engage à son tour à lever la grève actuelle, les travailleurs retournant à leurs occupations respectives immédiatement après la signature de cette convention.

7. La Société ouvrière s’engage à adopter les règlements et instructions que ses membres devront suivre pour tendre à une meilleure harmonie du capital et du travail, bases fondamentales de la société actuelle, en inculquant au moyen de brochures, conférences et conversations les idées d’ordre, de goût pour le travail, et de respect mutuel que personne ne doit oublier.

8. Cette convention sera appliquée à partir du 1er novembre ; tout le personnel sera réintégré et les avoirs des jours de grève seront payés, sans représailles d’un côté comme de l’autre.

La convention était accompagnée d’un appel, intitulé Au monde civilisé dont nous traduisons quelques extraits

La grève générale dans les campagnes a été décrétée, elle sera totale et absolue ; à partir de cette date, il ne sera effectué plus aucun travail (… ) d’exploitation de l’élevage, unique source de revenus du territoire. (… ). Les travailleurs des villes sont fermement décidés à aider avec toute leur énergie leurs compagnons des campagnes. (… ) Les estancieros sont en train de démontrer la plus crasseuse ignorance ou la méchanceté la plus raffinée, ainsi qu’une carence absolue de sentiments d’humanité et d’altruisme, d’idées de justice et d’équité, en continuant de traiter brutalement leurs ouvriers salariés (… ) en les confondant avec les hommes de la glèbe et de l’esclavage, et en les transformant en de nouveaux produits de marchés répugnants, où la cotisation de l’homme ne suffit pas à celle du mulet, du mouton, et du cheval (…).

(…). TRAVAILLEURS : Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons montrer notre inébranlable volonté d’être dignes (… ) en unissant toutes nos forces (… ) et d’être considérés, dans la société moderne, comme les plus efficients facteurs du progrès et de la civilisation. (…). Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons montrer notre culture et notre éducation (… ) en laissant de côté les violences (. .. ) sans user ou abuser de la force que celle-ci soit le dernier symptôme du manque de conscience des patrons (…) qui recourent immédiatement, lorsqu’ils sont l’objet d’une juste demande des ouvriers, aux baïonettes, fusils, et uniformes (…). Opposons à la force de leurs armes la force de nos raisonnements, la clarté de nos procédés, l’honnêteté de nos actions, et le triomphe sera nôtre.

La Commission


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