La Bouche de Fer

Georges Cochon

mardi 2 décembre 2008 par E. Axenberg

Militant anarchiste particulièrement actif envoyé trois ans aux Bats’d’Af pour objection de conscience, Georges Cochon fut aussi la terreur des « proprios ».

Cet ouvrier tapissier habitait avec sa famille au 52 de la rue de Dantzig. Son expulsion devint rapidement impérative pour les « proprios » auxquels le fondateur de l’Union syndicale des locataires menait la vie dure. Mais, peu enclin à se laisser impressionner, Cochon refusa de partir et tint, en 1911, un siège de cinq jours contre la police. Il cloua des madriers en travers de la porte, allumant un lampion à sa fenêtre pour chaque jour de siège. Plus tard, il décida de donner plus d’envergure à son action. La situation était grave : en quatre ans, de 1907 à 1911, 2750 logements accessibles aux ouvriers ont été construits pour une population qui croissait de 25 000 individus par an. Pour la seule année 1911, on a détruit plus d’habitations populaires qu’on en a construit Il y a cette année-là 18 500 logements de moins qu’en 1901. Enfin, 40% des familles nombreuses sont, de l’aveu des statistiques officielles « mal logées » – termes pudiques.

Face à cette situation, la Fédération nationale et internationale des locataires est créée. Son but : défendre les locataires par une action efficace. Les meubles étant parfois saisis lorsqu’une famille ne pouvait plus payer son loyer, des déménagements « à la cloche de bois » sont organisés. Très populaires, ils étaient monnaie courante avant même Cochon. Le Père Peinard raconte, en 1890 : « On arrive au carré de la piaule du copain, tout était prêt : chacun empoigne soit un paquet, un meuble ou un autre fourbi et on dévale en chœur : une procession déménageante quoi ! Quel entrain et que c’était chouette ! Les autres locatos jubilaient et applaudissaient (…). Enfin en un quart d’heure, tout était fini et la porte se refermait sur le déménagement. Avant de se tirer on a pris soin d’avertir les locatos qui étaient aux fenêtres ou dans la rue qu’on étaient toujours prêts à les déménager dans des conditions pareilles, vu que les anarchos sont jamais en retard pour guerroyer contre les proprios ».

La Fédération des locataires systématisera ce genre d’actions. En 1913, un tract affirme que « Par notre activité le mobilier de nos adhérents a toujours été protégé contre la rapacité des propriétaires. Ceux des nôtres qui furent jetés à la rue parce qu’ils avaient trop d’enfants furent abrités par nos soins et tous ont trouvé auprès de nous les conseils juridiques. » À l’annonce d’une expulsion, une fanfare, « Le Raffut de la »sainte-Polycarpe« , plus bruyante que musicale, organisait un potin pour former un cortège devant lequel concierges et huissiers devaient s’incliner. La Fédération ne se limitait pas aux déménagements. Elle organisait des journées d’action contre les concierges qui tentaient d’empêcher les déménagements en introduisant punaises et cafards par le trou des serrures. Cochon avait même écrit un traité : »39 manières de faire râler son concierge ! Il recruta aussi quelques compagnons ouvriers qui confectionnèrent une maison préfabriquée et s’entraînèrent à la monter le plus vite possible. Ils squattèrent avec cette maisonnette plusieurs lieux, comme le Jardin des Tuileries, la cours de la Chambre des députés, l’Hôtel-de-Ville, la caserne du Château-d’eau, l’église de la Madeleine et, même, la préfecture de police. Des familles sans abri furent ainsi logées. Ces actions étaient très bien accueillies parmi la population ouvrière. Cochon fut aussi encensé par des artistes comme Montéhus, Charles d’Avray et le dessinateur Steilen qui réalisa des affiches. La première guerre mondiale mit fin à cette action. Elle fut souvent efficace en son temps, montrant l’intérêt d’une lutte des locataires.


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