La Bouche de Fer

Jaroslav Hasek

vendredi 11 juin 2010 par Y. B.

« C’est dans mon pays qu’un écrivain génial mais complètement dégénéré et abruti d’alcool a écrit le plus grand roman comique des cent dernières années… L’auteur s’appelle Jaroslav Hasek, et son livre : Les aventures du brave soldat Chveik. Nul monument ne lui fut élevé dans la capitale de la Tchécoslovaquie, mais cette figure du brave soldat Chveik vit et vivra. » Ernst Weiss (1933)

Pour certaines personnes, la révolte et l’humour sont incompatibles. Celui qui veut changer le monde est trop sérieux pour manier la dérision. Pourtant, l’un des chefs-d’oeuvre d’humour, vendu à des millions d’exemplaires dans le monde a été écrit par un anarchiste. Il y prôna la désobéissance passive, le refus de la guerre et de l’autorité, tout en écrivant une oeuvre universelle.

Jaroslav Hasek est né en 1883 dans l’un des quartiers les plus pauvres de Prague. Orphelin, un moment vagabond, il devient marchand de chiens pour subsister, puis tâte du journalisme.

Il envoie aux journaux de Prague (alors sous domination autrichienne) des articles et des billets, véritables petits bijoux d’humour. La créativité d’Hasek est étonnante. Tout en s’imbibant d’alcool, sans modération (son mélange préféré : rhum/bière !), il écrit des centaines d’histoires sur les tables de bistrots. Seules nous sont conservées, hélas !, celles publiées dans la presse.

Ses rapports avec les socialistes sont tumultueux et il dénoncera leurs magouilles politiciennes. Ainsi, dans une nouvelle, deux partis de gauche s’entendent avant le deuxième tour, en négociant des tonneaux de vin et de l’argent !.

Il trouve très vite son idéal politique et rejoint vers 1906 la revue anarchiste Zadruha (« Commune ») du cordonnier Michal Kàcha. Dès lors, il devient un des animateurs du mouvement libertaire tchèque. Vers 1911 la répression policière est telle que les anars créent le « Parti du progrès modéré dans les limites de la loi ». Ce parti bidon (que certains biographes prennent au sérieux !) était présidé par Hasek et servait à se moquer des élections.

Pendant que des jeunes sillonnaient la ville en chantant « l’hymne » du parti, « Pan Hasek je nas candidat » (M. Hasek est notre candidat), la foule se pressait aux pseudos- meetings électoraux. Hasek y tenait des discours de ce genre :

"Camarades bien-aimés

J’ai l’honneur de présenter ma candidature et vous dis en toute franchise : comme chacun sait, un député touche dix florins par jour - une jolie somme. Je ne vous cacherai pas que c’est cette somme qui m’intéresse le plus, avouez que je suis franc. Dix florins par jour, c’est beaucoup plus que ne me rapporte mon activité de journaliste, à moins que je ne me fasse aussi indicateur de police. Dix florins ! Si je suis élui, ils seront biens communs, je les claquerai en compagnie de mes camarades électeurs."

Hasek racontait ensuite des sottises, par exemple que le roi de Bulgarie lui avait fait des propositions homosexuelles, et la police mettait fin à la réunion.

La popularité d’Hasek était grande dans Prague et un sympathisant libertaire venait souvent l’écouter : Franz Kafka.

En 1914, Hasek est mobilisé dans l’armée austro- hongroise mais il déserte et passe du côté des Russes lorsqu’éclate la Révolution de 1917. Il participe aux événements, tout en critiquant la dictature naissante. De retour à Prague, en 1919, il est considéré comme un traîte par les marxistes. Hasek répond par la dérision et publie ne 1921 ses Aventures dans l’Armée rouge, où il raconte ses démêlés avec les bolcheviks de façon savoureuse.

Sur les conseils de ses amis, il écrit ensuite son chef-d’oeuvre : Les aventures du brave soldat Chveik, suivi des Nouvelles aventures du brave soldat Chveik. Chveik, soldat enrôlé dans l’armée autrichienne, résiste en faisant l’idiot et sabote tout par sa fausse naïveté. Ce jeu de massacre (armée, Église, patriotisme, etc.) est hilarant et assure le succès des deux livres.

Alors qu’il rédigeait le troisième volume des aventures de Chveik, Hasek meurt, en 1923, rongé par l’alcool. Un autre écrivain tchèque, Karel Capek, dira de lui :

« Hasek était un homme qui savait voir le monde. Nombreux sont ceux qui ne savent qu’en parler ».


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