La Bouche de Fer

Ricardo Flores Magón

(1873-1922)

mercredi 10 octobre 2007 par OLT

Le 7 août 1900, Ricardo Flores Magón fonde avec son frère, Jesus, le journal Regeneracion, qui devient l’organe du Parti libéral mexicain (PLM). Le premier congrès du PLM se tient le 5 février 1901 à San Luis Potosi. Recrutés principalement dans les classes moyennes, ses militants n’ont pas d’objectifs révolutionnaires, ils sont plutôt réformistes et vaguement socialisants. Cependant le dictateur Porfirio Diaz ne peut tolérer que l’on s’oppose à sa réélection et fait investir le second congrès par la police (le 24 janvier 1902). Les organisateurs sont arrêtés et les journaux antiporfioristes sont interdits. Ricardo Flores Magón passe neuf mois en prison.

En 1903, Ricardo Flores Magón reprend ses activités, mais quelques jours après avoir participé à une manifestation libérale, il est emprisonné à Belen avec son autre frère, Enrique, et quelques libéraux. Dès leur libération, une partie des libéraux s’exile à Laredo (Texas) et reprend la publication de Regeneracion dont la diffusion au Mexique est faite clandestinement. Mais le gouvernement de Mexico bénéficie de complicités au sein de l’administration locale et ils doivent se réfugier à Saint-Louis. Radicalisés par la répression, c’est là qu’ils prennent contact avec les IWW (organisation syndicaliste révolutionnaire).

Regeneracion paraît de nouveau en février 1905 et, le 25 septembre, la Junte organisationnelle du Parti libéral mexicain est constituée. Composée entre autres de Ricardo et Enrique Flores Magón, Librado Rivera, Antonio I Villareal, elle préconise la création de groupes armés secrets au Mexique. Malgré ses moyens limités (les Magónistes ne comptent que sur eux-mêmes et leurs partisans), la junte sera à l’origine d’à peu près toutes les tentatives insurrectionnelles qui eurent lieu entre 1906 et 1909 pour renverser le régine de Diaz.

Le 1er juin 1906 éclate à Camanea (mine de cuivre) la première grève réellement importante dans l’histoire du mouvement ouvrier mexicain. Cette date annonce le début de la révolution, les ouvrier de Camanea seront les premiers Mexicains à se battre pour la journée de huit heures et des salaires décents. La grève, qui tourne à l’émeute, est écrasée par les autorités locales et 275 soldats nord-américains viennent défendre les inrérêts de la Camanea Consolidated Copper Company. Les leaders sont arrêtés, Manuel M. Diguez et Esteban B. Calderon, tous deux membres du Parti libéral mexicain, sont codamenés à 15 ans de forteresse à San Juan.

Le 1er juillet 1906, la junte publie et diffuse à 500 000 exemplaires un programme-manifeste qui reprend les revendications des grévistes de Camanea. Ce manifeste aura une influence considérable dans les milieux progressistes et ouvriers (principalement dans l’industrie du textile à Rio Blanco). Le programme du Parti libéral mexicain exige, entre autres choses : l’abolition de la peine de mort, la journée de huit heures, le salaire minimum, l’interdiction d’employer des enfants de moins de 14 ans, la suppression du service militaire obligatoire et des tribunaux militaires, etc. Malgré le contenu social de ce programme, sans doute trop modéré à son goût, « il semble que Ricardo Flores Magón n’a accepté la doctrine de ce document que pour des raisons unitaires et tactiques » [1].

Les tentatives insurrectionnelles de la junte échouent (Jimenez dans l’État de Cohaulia, Acayucan, Veracruz ; Camargo dans celui de Tamaupilas). Le 5 janvier 1907, une grève éclate à Rio Blanco. La répression sera sanglante (200 morts). Les responsables du Grand Cercle des ouvriers libres (qui a pour base le programme du Parti libéral mexicain), Rafael Moreno et Manuel Juarez, sont fusillés.

Les guerilas libérales de 1907 sont dispersées, ce qui entraîne la rupture entre Ricardo Flores Magón et le libéral modéré Madero : « Madero pouvait sauver la situation. avec 50 000 dollars qu’il nous aurait accordé, il y avait de quoi fournir des armes et des munitions aux groupes[Epistolario y textos de Ricardo Flores Magón, p.123.] ». Le 23 août 1907, accusés de crimes par le gouvernement porfioriste, Ricardo Flores Magón, Librado Rivera et Antonio I Villareal sont emprisonnés à Los Angeles (Californie)). Ils seront libérés grâce à la solidarité des anarchistes et des socialistes nord-américains.

En 1908, Juan Sarabia est arrêté alors qu’il passait la frontière pour organiser une insurrection. Il passera trois ans à San Juan et sera libéré par la révolution. Des soulèvements prématurés échouent à Las Viescas, Las Vascas (Cohaulia) et à Palomas (Chihuahua). Une rupture idéologique se fait entre les libéraux. Juan Sarabia, Antonio I Villareal et Jesus Flores Magón iront rejoindre Madero, alors que Librado Rivera, Anselmo L. Figuera, Praxedis Guerrero et Enrique Flores Magón resteront avec Ricardo Flores Magón qui se déclare communiste-anarchiste.

Le 5 octobre 1910, Madero lance le plan de San Luis Potosi ; ce plan est essentiellement politique et sera vivement critiqué par Ricardo. « Le parti maderiste représente les intérêts de la classe riche parce qu’il ne veut rien d’autre que la chute du tyran Diaz, pour mettre en vigueur la Constitution de 1857 (…) Les lois économiques ne peuvent être détruites avec des décrets gouvernementaux. Tant qu’on reconnaîtra le droit à la propriété individuelle, le prolétariat sera esclave des classes riches et intellectuelles (…) Et il faut comprendre qu’aucun gouvernement ne pourra accomplir ce miracle, parce que les gouvernements sont les représentants de la bourgeoisie (…) Nous devons, nous les déshérités, prendre possession de ce qui nous appartient au moyen de la force… »

Le 20 novembre 1910, des groupes armés se soulèvent à Puebla et Chihuahua. Casas (Chihuahua) est occupée par les forces du parti libéral. À la fin novembre, Madero passe la frontière à la tête d’une armée fournie en armes et en munitions par les États-Unis. C’est la famille de Madero (riches propriétaires) qui finance l’opération.

Le 29 janvier 1911, les Magónistes aidés par les radicaux de diverses nationalités (Russes, Italiens et Mexicains) tentent d’envahir la Basse Californie pour y établir une basse de ravitaillement aux groupes armés de l’intérieur. Malgré la présence de 20 000 soldats américains mobilisés à la frontière nord du Mexique, des membres des IWW se joignent aux forces insurrectionnelles venues combattre pour la révolution. Durant cinq mois, la commune de Basse Californie sera un lieu d’expérimentation sociale où le mouvement montrera son caractère profondément libertaire. La propriété est abolie, des groupes autonomes de producteurs sont formés, et diverses formes d’organisation préfigurant une société anarchiste sont mis en place.

Tijuana et Mexicali sont prises, Ricardo fait ouvrir les prisons. Le 21 mai 1911, Madero signe un accord avec les fédéraux. La situation militaire devient vite intenable pour les Magónistes qui divent faire face aux fédéraux et aux guerillas menées par Rodolfo Gallegas, un patriote que l’internationalisme des révolutionnaires inquiète (les Mexicains ne composent qu’un quart du mouvement.

Si après leur défaite les Magónistes cessent de jouer un rôle prépondérant dans la lutte armée, les écrits de Ricardo dans Regeneracion auront toujours autant d’influence dans les milieux ouvriers et chez certains chefs révolutionnaires. Le 23 septembre 1911 paraît dans Regeneracion un manifeste contre le clergé, l’autorité et le capital. Ce document dont le slogan est « Terre et Liberté » est signé par Ricardo et Enrique Flores Magón, Anselmo L. Figueroa et Librado Rivera.

Ricardo Flores Magón et Librado Rivera seront condamnés à 18 ans de prison par les tribunaux nord-américain pour un manifeste contre la guerre impérialiste de 1914-1918 publié dans Regeneracion le 16 mars 1918. Ricardo sera étranglé le 21 novembre 1922 par un geôlier dans le pénitencier de Leavenworth. Son assassin, « El Toro », sera exécuté par les compagnons de cellule de Ricardo.

[1] Americo Nunes, Les Révolutions du Mexique, Questions d’histoire-Flammarion


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