La Bouche de Fer

The miners’ strike

mardi 8 juin 2010 par Cyril

En mars 1984, les mineurs affiliés au puissant syndicat NUM (National Union of Mineworkers) entamaient une grève très dure pour lutter contre le démantèlement de leurs puits. Appliquant la tactique des piquets volants, ils vont chercher, comme en 1972, à provoquer le débrayage d’un maximum de houillères. Face à eux, ils trouveront une police surentraînée et suréquipée depuis les émeutes de 1981. Il n’est donc pas étonnant qu’un ancien ministre de l’intérieur ait pu déclarer : « Sans les émeutes de Toxteth, je doute que nous aurions pu faire face au leader du MUM » [1].

 Flying picket

Arme de rétorsion redoutable entre les mains de travailleurs décidés, la tactique du piquet de grève a connu quatre phases principales au cours de l’année 84-85. Les mineurs grévistes s’assuraient avant tout du débrayage de leur propre région, puis ils cherchaient à provoquer le blocage des autres zones encore en activité (en particulier du bassin de Nottingham). Utilisant des chemins détournés afin d’éviter les barrages policiers, des commandos de plusieurs centaines de mineurs vont alors tenter d’intercepter leurs camarades non grévistes avant la prise de service. La bousculade rituelle avec les forces de l’ordre (le « push and shove ») fait parfois place à des heures de calme plat, ou, au contraire, à des périodes de tension extrême. Les centrales énergétiques et les ports (qui permettent le déchargement du charbon importé… de la Pologne « socialiste ») sont à leur tour particulièrement visés, avec des résultats très inégaux selon le degré d’organisation des assaillants. En juin, le syndicat va essayer d’arracher une importante victoire psychologique et stratégique à Orgreave, un complexe industriel fournissant du coke aux aciéries. Des milliers de grévistes s’affrontent alors à la police, laquelle développe les méthodes très agressives héritées des évènements de 1981. La rage désespérée des mineurs se heurte aux boucliers, aux équipes spéciales, aux chevaux… Violemment réprimés, il leur faudra par la suite se cantonner dans une activité essentiellement défensive, et éviter toute reprise du travail dans leurs zones respectives.

 L’organisation, cet éternel problème…

Les défauts d’organisation, surtout dans le domaine des communications, allaient, alliés à bien d’autres facteurs, avoir finalement raison du mouvement. Théoriquement, depuis le début de la grève, les objectifs des piquets volants sont désignés par l’office de coordination du NUM installé dans les locaux du syndicat des marins, lesquels sont dotés d’un solide réseau de communication. Puis l’office déménagera, provoquant une intense pagaïe dans les transmissions. Souvent, ce sont les régions syndicales qui décident du choix de l’objectif, sans posséder toujours une véritable vision d’ensemble. Ajoutons à celà que, pour déjouer les mouchardages éventuels, les militants communiquent par code (pomme piquet, patate police, etc.).Bref la confusion est immense. L’organisation centrale parviendra surtout à fournir aux régions un soutien juridique et quelques avis précieux : « Toutes les régions doivent conseiller aux membres de leurs piquets le port de chaussures et de vêtements de type industriel, et si possible du casque de sécurité, afin d’être correctement protégés. Ce conseil est motivé par les attaques brutales et violentes de la police envers des travailleurs désarmés » [2].Au niveau régional, on s’organise comme on peut. Le South Wales défraie ses militants. Le Yorkshire paie l’essence. L’Ecosse ne donnera rien… Il aurait fallu bien plus de coopération, et de soutien extérieur, pour faire face avec succès à la terrible police des années Thatcher.

Bibliographie sommaire :

The miners’ strike, M.Adeney et J.Lloyd, ed. RKP (en anglais) : Ce livre, bien que développant une approche libérale du problème, reste un bon travail d’investigation. Peu suspect de complaisance envers la cause des mineurs, il n’en dénonce pas moins les violences policières. A lire entre les lignes donc…

Margaret Thatcher, H.Young, ed. La Manufacture : Quelques bonnes pages sur le machiavélisme dont fit preuve M. Thatcher lors de la crise. Et l’auteur de conclure : « Bien plus tard, on vit à quel point le gouvernement avait caché la vérité à l’opinion ».

[1] Déclaration de « Willie » Whitelaw, rapportée par H.Young (voir biblio).

[2] Circulaire du comité national de coordination, 26 juin 1984.


Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 112227

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Soleil Noir  Suivre la vie du site Soleil Noir n°10 - Septembre 1992   ?

Site réalisé avec SPIP 2.0.8 + AHUNTSIC

Creative Commons License