La Bouche de Fer

Spirit of ’69

lundi 9 mars 2009 par Cyril

Resultante d’une société aux tensions sociales et culturelles exacerbées, rejetant pêle-mêle bourgeois conservateurs et étudiants hippies contestataires [1], les Skinheads font, en cette année 1969, une entrée fracassante dans l’arène médiatique. Intégristes de la classe ouvrière ou enfants perdus prêts à toutes les dérives, ils alimenteront, durant des décennies, les fantasmes les plus irrationnels d’une Angleterre en quête de conformisme.

Dés le milieu des années soixante, des bandes de hards mods, revendiquant l’image violente héritée des émeutes de 63-64, adopteront chaussures coquées et coupes de cheveux « nettes », essentiellement pour des raisons d’ordre pratique (c’est-à-dire en cas d’affrontements). Parallèlement, une fraction de la jeunesse antillaise immigrée, séduite par les gangs de rudes boys de Kingston, développe un style vestimentaire et musical original (ska jamaïcain, musique soul américaine, reggae…). Enfin, dans les tribunes, la frange hooligan se radicalise et adopte une tenue proche de celle des hards mods.

Boot boys dans les stades, gangs mods dans la rue, rudes boys au dancing… Il n’en fallait pas plus : le mouvement skinhead était lancé.

Multiracial par nature

Multiracial par nature, le mouvement skin porte, dés ses origines, un vif intérêt à cette musique reggae dont les labels Trojan et Pama assurent la promotion en accélérant le processus d’harmonisation noirs/blancs. Mais, parallèlement, l’émergence du mouvement entraine une dégradation constante du climat dans les stades depuis la saison 68-69 : trains pris d’assaut, batailles rangées entre supporters d’équipes adverses, introduction d’armes blanches dans les tribunes… les conservateurs hurlent au rétablissement du service militaire.

Plus grave, la violence de certains éléments se déchaîne également contre les travailleurs migrants, moins par racisme pur que par inquiétude devant la dégradation continue du marché du travail. Il ne s’agit pas d’une attitude dominante parmis les skinheads [2],mais elle doit être signalée.

De ces éléments « déviants », B. Gensane écrira, dans un petit livre visionnaire [3], qu’ils « sont la minorité bruyante et visible d’une minorité silencieuse et invisible : la fraction de la classe ouvrière la plus défavorisée, celle qui est « raciste » moins par haine que par crainte, celle qui est anti-intellectuelle moins par mépris que par envie, celle pour qui le dialogue avec les technocrates du parti travailliste est impossible ».

Le mouvement eut-il, ainsi, une minorité droitière dés 1970 ?

La question mérite d’être posée…

Bibliographie sommaire :

Spirit of ’69, G. Marshall, S.T. Publishing. L’ouvrage le plus complet sur la question. Très bien structuré. Iconographie remarquable. En Anglais. (S.T. Publishing, P.O.BOX 12, Dunoon, Argyll.PA23 7BQ.Borrnie Scotland)

L’autre Angleterre, B.Gensane, Bordas connaissance n°21. Hippies, hell’s angels, skinheads… pas un ne manque à l’appel.

[1] Tu noteras, ami lecteur, que nous parlons ici de « rejet », non de réaction…

[2] Si l’on en croit George Marshall (voir biblio.), la majorité des skins sympathisait plutôt avec les travaillistes

[3] Voir biblio. Ces lignes prémonitoires ont été écrites en 1971, c’est-à-dire bien avant l’émergence des fascistes « Boneheads »


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