La Bouche de Fer

Les anarchistes dans le mouvement ouvrier mexicain

lundi 26 novembre 2007 par OLT

C’est au début de l’année 1861 que Plotino Rhodakanaty, généralement considéré comme le précurseur des idées anarchistes au Mexique, débarque que Veracruz. Venu d’Europe pour créer une colonie agricole indépendante, il devra y renoncer et travailler comme professeur dans une école préparatoire. C’est là que, se servant de son poste pour convaincre ses élèves, il transmet son idéal socialiste libertaire à de jeunes étudiants qui, quelques années plus tard, seront les principaux leaders des premiers mouvements revendicatifs organisés, tant urbains que paysans.

Réunis dès 1863 dans un groupe d’étudiants socialistes, ils fondent en 1865 la société secrète La Social, qui se considère comme la branche bakouniste du Mexique. Sous la direction d’un membre de La Social, Santiago Villanueva, la Sociedad Particular de Socorros Mutuos (fondée en 1853 par des artisans chapeliers) est réorganisée. Après cette société, qui fut la première association mutualiste du Mexique, il recrée l’Association mutualiste des tailleurs : la Sociedad Mutua del Ramo de Sastreria, disparue dix ans auparavant. Contrairement aux premières organisations mutualistes créées dans les années 1850, ces nouvelles organisations, sous l’influence des étudiants révolutionnaires, revêtiront un caractère beaucoup plus revendicatif, d’autant plus que les conditions de vie se sont dégradées.

Ces organisations exigent des augmentations de salaire immédiates, la réduction des heures de travail, et se définissent comme des sociétés de résistance face à l’État et au capitalisme. Villanueva et Francisco Zalacosta (un autre membre de La Social) aideront également, le 15 mars 1865, les travailleurs des fabriques de textile de La Colmena (dans la ville de Mexico) et de San Ildefonso (un village près de Tlanepantla) à s’organiser au sein de la Sociedad Mutua del Ramo de Hilados y Tejidos del Valle de Mexico. Étrangement, l’inauguration de cette nouvelle société se fait en présence des propriétaires des fabriques. Ceux-ci n’avaient-ils pas conscience d’avoir affaire à un nouveau type d’organisation ? Toujours est-il qu’en décidant de prolonger la journée de travail, de réduire les salaires et de licencier des travailleurs, ils provoquèrent, le 10 juin, l’arrêt de travail des travailleurs de la fabrique de San Ildefonso et, le jour suivant, de La Colmena. Déclenchant ainsi la première grève de l’histoire du Mexique. Bien que les grévistes aient essayé d’obtenir la protection du gouvernement en lui adressant un manifeste sur leurs conditions de travail, celui-ci leur fit envoyer la troupe. A San Ildefonso, elle fit feu sur les travailleurs et opéra de nombreuses arrestations. Avant d’être relâchés, les grévistes furent informés que s’ils revenaient à San Ildefonso, ils seraient exécutés. C’est ainsi que la première lutte prolongée du Mexique se termina par une déroute. Cependant, dans l’intention d’effacer l’échec de San Ildefonso, et profitant du fait que le gouvernement est plus préoccupé par la guerre contre les libéraux de Benito Juarez que par leurs efforts organisationnels, Villanueva et l’un de ses camarades, Hermeneglido Villavicencio, créent un nouveau groupe : La Sociedad Artistica Industrial (nom repris à une organisation fondée en 1857 et disparue depuis). Entre la fin des années 1860 et le début des années 1870, cette société sera le centre des activités anarchistes et de l’organisation des forces du travail urbain.

Durant la seconde moitié du XIXe siècle le Mexique connaît une industrialisation relative dans la région de Mexico et le mouvement ouvrier naissant, stimulé par les révolutionnaires, se méfie du gouvernement instable et corrompu. Sous l’impulsion de Villanueva, Mexico entre dans une phase d’organisation intensive des travailleurs. Après la chute de Maximilien, Epifano Romero, le fondateur de la Sociedad Artistica Industrial originale, revient à Mexico en 1867 et essaie, avec d’autres libéraux proches de Juarez, de mettre la Sociedad au service du nouveau gouvernement. Il s’ensuit une lutte d’influence au terme de laquelle les partisans de Villanueva conservent le contrôle de l’organisation.

Devant cet échec, Romero et Juan Carno, un autre partisan de Juarez, fondent le Conservatorio Artistico Industrial, organisation dont Juarez est nommé président d’honneur. Cependant le prestige de Villanueva ne faiblit pas. Celui-ci ayant réussi à organiser les travailleurs de la fabrique de textiles de La Fama Montanesa (Tlaplan), son influence grandira quand ceux-ci obtiennent de meilleurs conditions de travail et une diminution des heures de travail à la suite de la première grève victorieuse du Mexique. Durant les mois de juillet et août 1868, de nombreuses associations proudhoniennes se crées dans ce climat : La Union de Trejedores de Miraflores, La Asociasion Socialista de Tipografos Mexicanos, La Sociedad Mutua del Ramo de Carpintas et l’Union Mutua de Canteros. Convaincus de la nécessité d’organiser les travailleurs au niveau national, Villanueva mènera un travail d’organisation intense. Mais si ce travail sera à l’origine de la création de la première organisation de travailleurs à prétention nationale, le Grand Cercle, celle-ci, malgré des précautions statutaires, sera également le lieu de luttes d’influences politiciennes. Et si, en 1876, le congrès voit le triomphe des partisans de l’abstention politique, celui de 1880 vote l’adhésion de Porfirio Dìaz avant que l’organisation ne disparaisse en 1890.


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