La Bouche de Fer

Enoch Powell : le racisme soft

mardi 23 juin 2009 par Cyril

En Février 1968, Enoch Powell, député de Wolverhampton, ancien professeur de grec et porte-parole de la politique de défense dans le contre-gouvernement conservateur, parvint à accréditer l’idée d’une invasion étrangère du sol britannique en comparant sa circonscription à l’Afrique Centrale. Rusé et cultivé, il devait récidiver en avril à Birmingham, avec le succès que l’on sait…

Jonglant avec les chiffres, brandissant des cas « humains » censés les traduire, il tentera, lors de ce meeting conservateur, d’entraîner ses auditeurs dans ses délires fumeux : « Nous devons être fous, littéralement fous en tant que nation pour permettre l’afflux annuel de quelques 50 000 chargés de famille, qui sont, pour la pluspart, à la base de l’augmentation future des populations issus de l’immigration. Cela revient à observer une nation dressant son propre bûcher funéraire [1] ». Pousuivant sa juteuse exploitation du racisme, il réclamera notamment un encouragement au rapatriement volontaire et évoquera le cas d’une pauvre femme évincée de son logement par des « nègres ». Notons que la presse d’investigation britannique cherchera, en vain, à identifier cette vieille dame frappée par le sort… Qu’importe, puisque le mythe était né.

Une attitude « respectable »

Avec Powell, le racisme devenait ainsi un enjeu dans la vie politique anglaise, une attitude « respectable ». Jouant sur la peur des britanniques, le discours de Birmingham touchait toutes les classes de la société, du jeune skinhead londonien jetant un tonitruant « Enoch, Enoch ! » à la face de l’épicier pakistanais du coin au grand bourgeois conservateur se refusant à condamner le tribun démagogue. Powell, débarqué du contre-gouvernement conservateur à la suite de ses prises de positions tonitruantes, trouva un appui réel, bien que limité, au sein de l’opinion britannique. On manifesta en sa faveur, son secrétariat fut innondé de lettres de soutient. On y exprimait ses inquiétudes pour la culture anglaise, on s’y plaignait du comportement des immigrants, on y livrait ses fantasmes : émeutes raciales à l’américaine, gouffre financier, surpopulation… Les lettres ouvertement racistes étaient rares, mais la discrimination, hideux chancre multiforme, était partout.

Une phrase revenait, tel un leitmotiv : « nous sommes chrétiens et amis de nos de nos voisins de couleur, mais l’immigration doit être stoppée [2] ». Hypocrisie bourgeoise à laquelle répondra l’activisme de la base et la démagogie des partis. Enoch avait gagné son pari.

Bibliographie sommaire :

On retiendra particulièrement l’ouvrage de Monica Charlot : Naissance d’un problème racial, minorités de couleur en Grande-Bretagne (Ed. Armand Colin). Cette étude comprend des extraits de discours, de tracts ainsi qu’une analyse du courrier reçu par Powell (Enoch Powell’s Postbag, D.Spearman). En anglais.

On consultera aussi L’autre Angleterre, un indispensable de Bordas.

[1] Birmingham, 20 avril 1968. Les chiffres sont de Powell…

[2] In Enoch Powell’s Postbag, voir biblio.


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