La Bouche de Fer
Polar

Jean Amila

lundi 7 juin 2010 par Y. B.

Né en 1910, Jean Amila est souvent considéré comme le vétéran du roman noir français. Mais ce qualificatif ne doit pas faire oublier que ses livres n’ont rien perdu de leur intérêt.

Sa vie ressemble à celle d’un héros de roman populiste. Orphelin très tôt (son père est un déserteur anarchiste de la Guerre de 14-18), il travaille en usine dès l’âge de 14 ans. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il rejoint la Résistance. Mais il quittera le maquis, dégoûté, après l’exécution d’un soldat allemand isolé. Son premier roman, Les Coups (1962), impressionne Gide et Queneau. D’autres livres suivront, avec un succès limité (La Lucarne, Nous avons les mains rouges) Au début des années 50, Marcel Duhamel (directeur de la Série Noire) lui propose d’écrire des polars. Son premier pseudonyme, John Amilanar, est trouvé trop subversif et est raccourci ! Jean Amila commence une œuvre au ton personnel avec Y’a pas de bon dieu ! (1950). Ses personnages sont de petites gens, spontanément libertaires (Le Pigeon du faubourg) dont l’existence médiocre s’aggrave au contact du pouvoir (mafia, Etat, services secrets, etc.). En résumé, comme l’écrivait un journaliste : « Une vaste saga de l’anti-héros ».

Parmi ses meilleurs livres, citons : La Lune d’Omaha (1964) contant la dérive d’un ancien GI déserteur sur le front de Normandie ou Pitié pour les rats avec son cambrioleur anar obligé d’héberger un tueur de l’OAS qui sèmera le malheur. Dans un autre roman, Contest-flic (1972), Amila introduit Géronimo, un flic baba avec cheveux longs et chemise à fleurs, régulièrement contrôlé par ses collègues.

En parallèle, Jean Amila écrit des scénarios et des novelisations, notamment Justice est faite, d’après le film d’André Cayatte contre la peine de mort. Par contre, les adaptations de ses oeuvres (par d’autres) ont été souvent catastrophiques. Citons dans le genre les téléfilms de TF1 comme La Lune d’Omaha (grotesque) ou Noces de soufre (passable) et Pitié pour les rats le moins raté (mais où le tueur de l’OAS est remplacé par des terroristes de gauche…). Au cinéma, un film médiocre, Fleur d’oseille est tiré de Langes radieux.

La carrière d’Amila s’interrompt brutalement pendant quelques années. En effet, après un voyage à Tahiti, il écrit un roman-reportage, La Vierge et le taureau où il révèle que des Polynésiens irradiés dans les années 60 par les essais nucléaires de Mururoa ont été massacrés par l’armée française pour étouffer le scandale. Aussitôt, les services secrets font retirer le livre du commerce, menacent d’expulsion le directeur de collection (qui était étranger). Puis Amila est agressé dans un parking et laissé pour mort. Le livre, jusqu’ici introuvable, doit être réédité prochainement… Le lecteur pourra juger du caractère anodin du roman, surtout un récit d’aventures, où les allusions politiques se limitent à quelques pages. La violence de la réaction montre qu’il y avait une base de vérité…

Amila survit à cet attentat mais il est devenu totalement amnésique. Il doit alors reconstituer son passé avec l’aide de ses proches. Le Boucher des Hurlus (1983) est un exemple de cette réappropriation de la mémoire. Bien que publié en Série Noire, il plaira même à ceux qui détestent le polar ! En effet, nulle intrigue policière mais un pur roman populiste, racontant l’odyssée d’orphelins de guerre cherchant à se venger d’un officier à travers les charniers de 1418.

Ses derniers romans, comme Le Chien de Montargis (contre le culte des animaux domestiques et surtout contre leurs propriétaires, particulièrement saignant !) ou Au Balcon d’Hiroshima confirment qu’il n’a rien perdu de son talent. Mais depuis 1985 il n’a rien écrit. Dans une interview [1], Amila déclarait, en 1987, avoir décroché… Respecté dans le milieu du roman noir, apprécié des lecteurs, Amila est souvent cité comme modèle par des auteurs comme Daeninckx. Les vautours de l’édition attendent sans doute qu’il nous quitte pour rééditer ses livres épuisés. Comme si toute reconnaissance officielle devait être posthume…

Y. B.

BIBLIOGRAPHIE :

Y a pas de Bon Dieu - 1950 - Motus - 1953 - La bonne tisane - 1955 - Sans attendre Godot- 1956 - Les loups dans la bergerie - 1958 - Le drakkar - 1958 - Jusqu’à plus soif - 1962 - Langes radieux - 1963 - Pitié poor les rats. 1964 - La lune d’Omaha. 1964 - Noces de soufre - 1964 - Les fous de Hong-Kong - 1969 Le grillon enragé - 1970 - La net des dingues - 1972 - Contest-flic - 1972 - Terminus léna - 1973 - A qui ai-je l’honneur - 1974 - Le pigeon du faubourg - 1981 - Le boucher des hurlus - 1983 - Le chien de Montargis - 1984 - Au balcon d’Hiroshima - 1985

[1] Interview parue dans Le Monde libertaire n°684, le 3 décembre 1987.


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