La Bouche de Fer

Les maquis bretons

vendredi 2 octobre 2009 par Cyril

Morbihan, été 44. Alors que la plus grande partie du territoire « national » est libéré, ou en passe de l’être, les poches de l’Atlantique, véritables « laissées pour compte » de l’avance alliée, continuent à vivre sous la botte nazie. Face à des milliers de fascistes européens et de soldats allemands solidement retranchés, des groupes de volontaires en sabots sont fermement décidés à délivrer la grande cité portuaire de Lorient… et ses 10 000 civils pris au piège.

Le rôle de ces « sans-culottes » â la sauce 1944 semble. pourtant être, dans lesprit de De Gaulle et des militaires en général, de contenir les allemands dans les ports de l’arriére, alors que d’autres unités plus dociles (c’est-à-dire totalement militarisées et acquises à la légende gaullienne) fonceraient vers le coeur du Reich… et les lauriers afférents. Les maquis bretons, issus des insurrections de l’été, sous-équipés et sous-armés, s’usent alors dans des actions sans gloire ni impacts réels sur le cours global des opérations, quasi-ignorés de tous. De sordides calculs politiques, dans lesquels la crainte du peuple armé, cette canaille, n’est probablement pas la moindre des composantes, laissent les jeunes FFI dans un dramatique abandon… face a un ennemi puissamment retranché, connaissant parfaitement son affaire : « Vous avez pu constater l’état matériel dans lequel se trouvent nos FFI, nous dit le commandant (Monceau). Ce qu’il y a de plus terrible pour eux, c’est l’isolement. Pas une lettre, pas un journal, pas un jeu. Rien. Ce qui les sauve, c’est que pour pour la plupart ils sont Bretons et habitent dans la région… Autre chose. En dehors des équipements, il est bon que vous constatiez l’absence totale d’armes lourdes. Or les Allemands possèdent des canons de marine et une forte DCA. Aussi nous est-il impossible de les déloger pour l’instant des positions qu’ils tiennent… Signialez aussi que nous ne possédons pas d’hôpital et que nous manquons de médicaments. Aussi les maladies contagieuses, la gale par exemple, se propagent et nous ne pouvons les enrayer. C’est un scandale de nous laisser dans de pareilles conditions » [1]. Singulière entorse à la légende gaullienne que ce témoignage « sur le vif », témoignage dont on chercherait en vain la trace dans nos manuels d’histoire.

 De pressions en renoncements

De pressions en renoncements, les maquis bretons se groupent en une Division totalement militarisée… le temps que les Allemands de Lorient, trop contents des multiples replis offerts par cette politique d’inspiration autoritaire, daignent enfin se rendre, en mai 1945. La Division [2] sera ensuite expédiée en Allemagne, en « occupation »… avant de s’ensabler, des années plus tard, dans les opérations d’Algérie. Gloire aux combattants de la Liberté. On ne rit pas.

Cyril

 Bibliographie sommaire :

Nous ne saurions trop conseiller à nos amis lecteurs la consultation des tracts et publications d’époque, que l’on trouve sur les « puces » parisiennes et les brocantes de province pour quelques francs. En régie génerale, on évitera les historiques régimentaires officiels et les éditions proches du Front National de Libération et autres PC… à moins de posséder un décodeur adéquat.

[1] Cette interview est parue dans l’hebdomadaire J. daté du 6 janvier 1945. Le reste du magazine présente cependant de fortes influences P.C.

[2] Pour les puristes, il s’agit de la 19e DI.


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