La Bouche de Fer
Les Hommes du jour n°18

Sébastien Faure

jeudi 5 novembre 2009 par Hacked by NRVAX

Je voudrais sans emphase, dire ici toute mon admiration pour l’homme que j’entreprends de biographier. J’ai connu Sébastien Faure, il y a déjà plusieurs années. Mais avant l’homme, j’avais connu l’orateur. Un soir, en province, à l’âge où l’on gémit sous la férule du pion, Sébastien Faure m’est apparu, dans la fumée d’une réunion publique, comme l’archange de la révolte et de la liberté. Cela peut paraître ridicule. Mais ce soir-là (je n’avais pas quinze ans), l’orateur anarchiste, l’apôtre du bonheur universel qui, dans un geste large, dissipait les nuages et jetait de la lumière, symbolisait pour l’élève de quatrième tout ce qu’il y a de beau, de noble, de vrai dans la vie, résumait toutes les aspirations et aussi tous les dégoûts, toutes les rancunes qui s’amassent dans un cour de jeune homme asservi par les cuistres et le pédants que suscite l’Université.

Je me souviens d’une époque où j’étais anarchiste, passionnément anarchiste. Aujourd’hui le scepticisme malsain, mais nécessaire m’a envahi. La fréquentation des hommes et l’analyse minutieuse des idées m’a gâté ou guéri. Mais jamais il ne m’échappera un mot de blâme, une raillerie, une récrimination lorsque j’aurai à parler des anarchistes. L’anarchie, c’est un peu comme la première maîtresse à laquelle on garde un culte passionné après qu’on a connu les femmes. L’anarchie, c’est la fée qui de son doigt rose dissipe les brumes, montre les chemins radieux, désigne la beauté et la bonté. Plaignons sincèrement les malheureux qui, dans leur jeunesse, n’ont pas été anarchistes, ne se sont pas senti un cour d’anarchiste, ne fût-ce qu’une heure…

La première fois que j’ai entendu Sébastien Faure, j’ai compris, j’ai su… Je garde à Sébastien Faure toute la gratitude que l’on doit à l’homme qui vous a initié. Plus tard, ah ! plus tard ! au sortir de la geôle militaire, j’ai revu l’apôtre en pleine affaire Dreyfus, comme l’expression vivante de la haine amassée sous l’uniforme. Une fois encore, il a symbolisé mes colères et mes soifs de justice. Ainsi à deux moments décisifs de l’existence, le chantre de la liberté, le défenseur des faibles et des opprimés, l’incomparable poète qui nous prophétise l’harmonie et la douceur de vivre, m’a semblé incarner merveilleusement tous les rêves qui hantent de jeunes cerveaux non encore façonnés par la vie.

*

Quand j’ai connu l’homme -entrevu à la tribune– faut-il dire que je n’ai éprouvé, en aucune façon, la déception qu’on rencontre souvent à approcher l’écrivain dont on déguste les pages ou l’orateur dont on boit les paroles ? Tel que je l’avais deviné, tel j’ai pu l’étudier par la suite. D’une loyauté scrupuleuse, très affable, ami sûr et dévoué, toujours prêt à rendre service, voilà comment j’ai constamment vu Sébastien Faure. Aussi suis-je particulièrement embarrassé pour en dire du mal, ainsi que j’ai accoutume de le faire, chaque fois que je parle de mon prochain.

Cependant, je lui garde rancune. Il nous a trompés sans le vouloir, et sans le savoir. Cet apôtre, qui nous a présenté a société comme une bergerie, et qui a réussi à nous faire admettre, comme possibles, l’entente et la paix entre humains, nous a conduits dans de mauvais chemins, vers un idéal inaccessible. Son excuse est qu’il a cru fermement tout ce qu’il nous a si magnifiquement raconté. Aujourd’hui, après des déceptions sans nombre, il y croit encore, avec un peu d’amertume et de doute pourtant. Je dis avec un peu d’amertume, et un peu de doute, car je vois, depuis des années, qu’il fuit les hommes, qu’il conserve son attachement à la cause de l’anarchie, mais qu’il se garde des anarchistes. Sébastien Faure, après une vie d’orages, après des batailles ardentes, des années de lutte et de prison, abandonne ou presque la propagande, à laquelle il a voué la moitié de sa vie, et s’occupe à éduquer, à instruire, à façonner de petits enfants, mettant tout son enthousiasme d’apôtre et tous ses espoirs sur les têtes fragiles de bambins qui, selon lui, feront la société de l’avenir.

*

Sébastien Faure est né à Saint-Étienne, le fief du ministre Aristide Briand, qui lui ressemble étonnamment par l’éloquence et si peu par le cour, le 5 janvier 1858. Il a été élevé chez les Jésuites. Constatons, en passant, que la plupart des hommes d’aujourd’hui, écrivains, orateurs, penseurs, ont été instruits et dirigés par les jésuites dont ils sont devenus, par la suite, les irréductibles ennemis. Cela tient à l’insuffisance des écoles laïques d’il y a quelque trente ans, au début de la République.

Le père du futur anarchiste était un bourgeois. Nouvelle constatation la plupart des révolutionnaires sortent, non pas de la classe ouvrière, mais bel et bien de la classe bourgeoise ; leur origine est d’ailleurs le plus sûr garant de leur sincérité, si l’on considère que les convictions et non l’intérêt les amènent à défendre une catégorie d’individus avec lesquels ils n’ont rien de commun. Le père de Faure était donc un bourgeois, tout ce qu’on peut rêver de bourgeois, décoré de la Légion d’honneur, partisan fidèle de l’Empire, président du Conseil des Prud’hommes, et très religieux, par surcroît. Négociant estimé, il était également vice-consul d’Espagne. Comment, de tels parents, peuvent naître de tels enfants, si ce n’est par ce phénomène qui veut que les poètes soient souvent engendrés par des philistins…

Et pour bien vous punir,
un jour vous voyez venir,
Au monde, au monde.

Des enfants non voulus,
Qui deviennent chevelus,
Poètes, poètes.

Car toujours ils naîtront,
Comme naissent d’un étron,
Des roses, des roses.

Fils d’un père chrétien, le jeune Sébastien fut placé, tout naturellement, chez des éducateurs religieux. Là, l’enfant doué d’une imagination et d’une sensibilité excessives, devint rapidement, sous la pression de ses maîtres, un fervent du christ dont on lui inculquait l’enseignement tout de justice et de bonté. De bonne heure, l’apôtre qui était en lui se révéla. Les idées de bonheur universel, d’amour, de douceur, le sollicitèrent. Il lui manquait encore cet esprit d’analyse et de critique qui devait plus tard le libérer.

Les choses allèrent si loin et l’intelligence de l’élève se manifesta si clairement aux yeux des maîtres que ces derniers résolurent de le prendre entièrement. Ils lui firent comprendre quel rôle ils lui réservaient Sa vocation, pour me servir de l’expression de Michel Zévaco, le seul qui ait su noter la psychologie de Sébastien Faure, lui apparut impérieuse. Il voulut se sacrifier, comme jésus lui-même, aux hommes, racheter leurs fautes, souffrir pour les sauver… Il rêva de missions lointaines, au milieu de peuplades sauvages… il voulut goûter les joies de l’apostolat et du martyre… Rêves puérils qui indiquent l’homme futur, l’orateur-prophète prêt à affronter tous les dangers pour la libération de l’Humanité.

Un événement imprévu dérangea tout. Déjà le père de Sébastien avait essayé, par menace et par prière, de le ramener à une notion plus exacte de la vie. Déjà la mère avait supplié en pleurant. Rien ne pouvait le faire renoncer à ce qu’il considérait comme sa mission sur la terre. Il fallut la mort de son père pour bouleverser son existence et le déterminer dans un autre sens.

En 1874, alors que Faure était déjà novice chez les jésuites de Clermont-Ferrand, son père à l’agonie le rappela. Au chevet du mourant, le jeune homme dut jurer qu’il se consacrerait à sa mère et à ses frères et sœurs. Son apostolat prenait une nouvelle forme, plus positive. Il rentrait dans la vie, se mettait au travail, s’occupait à trouver les ressources nécessaires à sa famille ruinée.

Tout en gagnant la vie de sa mère et des jeunes enfants, il lisait, cherchait… Cela dura près de deux années, pendant lesquelles il bûcha les philosophies, aborda la science, affronta de redoutables problèmes. Si bien qu’un beau jour, en dressant son examen de conscience, le jeune homme qui rêvait d’être missionnaire et soldat de jésus, s’aperçut que toute foi avait disparu de son âme. On peut imaginer quel déchirement atroce ce dut être que cette envolée brutale de la suprême illusion. Crise affreuse qui vous laisse le cour vide, avec un besoin persistant d’idéal et une peur atroce de la vie.

Comment combler l’abîme où venaient de s’engouffrer toutes ses croyances de novice ? Dieu n’existait point, soit ! et la religion était un mensonge. Mais il restait pourtant la Bonté, la Vérité, la justice, la Pitié. Il restait des malheureux à secourir, des exploités à instruire et à pousser à la révolte. Et le chrétien déçu se sentit irrésistiblement entraîné vers une religion nouvelle, plus haute et plus humaine, plus absolue et plus vraie l’anarchie.

*

Il passa d’abord par le socialisme. Mais les joutes électorales, la comédie politique l’eurent vivement dégoûté. D’autre part, la formule collectiviste, étroite et autoritaire, ne convenait pas à cet enthousiaste, amoureux de la liberté jusqu’à l’absolu, de la liberté sans rivages, comme disait Jules Vallès.

Son premier acte d’anarchiste date de 1888, au Congrès de Bordeaux. De ce moment, commence sa carrière de conférencier ambulant, parcourant les villes et les campagnes, semant les paroles de vérité partout où l’hypocrisie et la lâcheté humaines ne le traquaient pas. Les débuts furent pénibles. Sébastien partait avec quelques camarades, sans un sou en poche, couchant au petit bonheur, tantôt sur le revers d’un fossé, au clair de lune, tantôt sur une meule de foin ; quémandant une grange, un hangar, une salle de café où il pourrait parler un instant Dure, mais féconde propagande. On écrira un jour l’histoire ignorée de cette époque de dévouement où les premiers anarchistes, pareils aux premiers chrétiens, luttaient contre la Société entière, avec un mépris superbe de l’argent et une soif de sacrifice insensée. À ce moment-là, ils ne raisonnaient pas, les anarchistes ; ils agissaient ; ils croyaient la Révolution possible immédiatement et il s’employaient, de toute leur énergie, à hâter son avènement.

On peut affirmer que les anarchistes de cette période furent un danger véritable pour la société bourgeoise qu’ils menaçaient de chambarder de fond en comble. Il y avait parmi eux d’ailleurs des tempéraments, des valeurs. En dehors de Sébastien Faure, il y avait jean Grave, un théoricien dont nous aurons à nous occuper bientôt ; Charles Malato, un batailleur impénitent et chevaleresque ; Émile Gautier, le futur chroniqueur scientifique à la mode, et comme parrains, on comptait des savants et des idéologues tels que Reclus ou Kropotkine. Aussi ce fut bientôt une magnifique floraison. Les enthousiasmes s’éveillèrent. Le jour où le Gouvernement ému et la police étonnée menacèrent, ce fut la lutte sans merci, les bombes, Ravachol, Vaillant, Ensile Henry, Caserio, les lois scélérates, les arrestations en masse, les visites domiciliaires, les perquisitions, les dénonciations, la frousse bourgeoise, tout cela aboutissant à ce fameux procès des trente, qui fut comme le couronnement et l’apogée du mouvement anarchiste.

*

Retracer ici toutes les péripéties de cette existence agitée que fut celle de Sébastien depuis le jour où il se déclara hardiment anarchiste, en 1888, jusqu’au jour où, la bataille pour Dreyfus terminée, il eut presque l’intention de se retirer du mouvement, ce serait trop long. Mentionnons que, dès les débuts, Faure fut arrêté à plusieurs reprises, à Paris, lors de l’enterrement d’Émile Eudes, à Bordeaux, à Toulouse, à Lyon, à Marseille, à Aix, à Nîmes, etc. Condamné tantôt à des mois, tantôt à des années de prison, il n’en continua pas moins sa propagande avec une ardeur inlassable. Entre temps, il écrivait la Douleur universelle, un volume où sont exposées ses conceptions anarchistes. Bientôt l’ère des bombes s’ouvrait. Les libertaires étaient traqués. La bourgeoisie terrorisée, sentant la Révolution prochaine, ouvrait les portes des prisons et des bagnes qu’elle refermait impitoyablement sur les militants.

Tout cela se termina par le célèbre procès des trente où des hommes comme Grave, Fénéon, Pouget, Faure, Matha furent accusés de complicité avec des cambrioleurs et des inculpés de droit commun. Le procès fut retentissant. L’acquittement le fut davantage, et l’un de ceux qui contribuèrent le plus à ce résultat fut certainement Sébastien Faure, qui prononça à. cette occasion une merveilleuse plaidoirie, un réquisitoire plutôt contre la société dont s’étonnèrent les journaux bourgeois de l’époque.

Acquitté, Sébastien reprit ses tournées de conférences, fonda le journal le Libertaire, où l’auteur de ces lignes s’honore d’avoir longtemps collaboré. Puis il lançait des brochures comme les Crimes de Dieu, Autorité ou Liberté. Cela le menait jusqu’à l’affaire Dreyfus, terrible bagarre où les anarchistes, Sébastien Faure en tête, se jetèrent avec leur fougue coutumière. On sait quelle fut leur action. On sait avec quelle ardeur ils bataillèrent contre les partis de réaction et avec quel désintéressement ils firent triompher la cause de liberté et de justice.

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Nous sommes obligés de nous résumer. Il nous faudrait plusieurs pages pour suivre pas à pas le jeune croyant, serviteur du Christ, devenu un apôtre de la Liberté et de l’Humanité. Avant de l’abandonner, pourtant, et de jeter un houp d’œil sur le mouvement anarchiste, dans son ensemble, notons un côté curieux de son caractère.

En même temps qu’il est un apôtre, Sébastien Faure est également un méthodique. Ce n’est pas le moins du monde l’agité, le destructeur, le brouillon qu’on se plaît à imaginer. C’est en toute connaissance de cause, après avoir longuement pesé le pour et le contre, après avoir minutieusement examiné toutes les raisons qu’il s’est décidé à l’apostolat auquel il a voué sa vie entière. Et cet apostolat, il y a consenti et il l’a abordé en homme pratique. Ici je copie Zévaco, le seul biographe consciencieux de Faure : « Par une heureuse combinaison de ce qu’on pourrait appeler la chimie de l’âme, ce passionné que mène, dirait-on, un vent de tempête, qui apparaît comme un destructeur tourbillonnant au gré d’irrésistibles impulsions, est un cerveau d’une trempe exceptionnelle, un esprit d’un positivisme solide, d’une logique outrancière, nu calculateur d’une rare sagacité, n’abandonnant aucune chance à l’imprévu, préparant une propagande comme un théorème géométrique, marchant à une conférence comme à une bataille où il ne se croit permis d’espérer le triomphe qu’après avoir combiné, cherché, assuré jusque dans les infimes détails de publicité et d’affichage tous les déments de succès. »

Tel est l’homme, en effet, épris d’idéal, cour généreux, assoiffé d’absolu et, en même temps, positif, méthodique, raisonneur. Ajoutons qu’il est plus qu’orateur, mieux que tribun il ne convainc pas, il ne fouette pas son public, il ne déchaîne pas les colères ; il charme tout simplement : la douceur de sa voix, l’ingéniosité de ses images, sa méthode démonstrative rigoureuse, tout cet ensemble de qualités et même de défauts qui font l’artiste de la tribune, lui valent, dès les premiers mots, la sympathie des auditeurs. Mais, hélas, faut-il l’ajouter, l’impression produite n’est que passagère. On admire, on applaudit, on goûte l’artiste ; on ne le suit pas. Et si quelquefois, Sébastien Faure a su éveiller des consciences, susciter des enthousiasmes, il n’a jamais pu trouver les formules nécessaires, satisfaisantes, qui déterminent une vie, bouleversent une société, créent un inonde nouveau.

*

Après l’affaire Dreyfus et le Journal du Peuple, fatigué de la lutte, attaqué de divers côtés, et même par ses propres amis, pour avoir osé descendre de la Tour d’ivoire anarchiste, et s’être jeté dans la mêlée quotidienne, Faure résolut d’agir seul et, sans abandonner ce qui fut l’idéal de sa vie entière, de se consacrer, à l’écart, en dehors de toute camaraderie, à la propagande qu’il jugerait utile. Un peu de misanthropie gagnée au contact des individus l’a poussé de plus en plus à agir en isolé.

Près de Rambouillet, à quelques pas de Paris, en plein air, il a fondé un établissement d’éducation qu’il a appelé la Ruche. Il prend des enfants, très jeunes, filles et garçons, et sous sa surveillance, les fait instruire et éduquer selon les idées de liberté et d’examen qui lui furent toujours chères. Il pratique sans vergogne la coéducation des sexes, telle que l’avait inaugurée Robin à Cempuis. Il y a trois ou quatre ans à peine que la Ruche fonctionne et elle a donné déjà des résultats merveilleux. Fondée sans un sou, elle n’a pu réussir que grâce à l’activité et au courage de Sébastien Faure qui, dégoûté des hommes, veuf de bien des illusions, et parvenu aujourd’hui à la cinquantième année, n’espère plus qu’en l’avenir et attend tout des bambins d’aujourd’hui, les hommes libres de demain.

*

Il faut dire aussi que l’idée anarchiste a subi, depuis quelques années, bien des transformations. Qu’est devenue l’époque romantique où l’on croyait la Révolution réalisable et où l’un parlait de la société future comme du messie ? Où sont les bombes d’antan ? Depuis on a raisonné. Bien des ardents propagandistes de l’anarchisme ont abandonne la lutte. Il faut être reconnaissant à ceux qui n’ont pas cédé un pouce de leurs convictions et qui ont su demeurer fidèles à l’idéal de leur vie entière.

Sébastien Faure, qui est l’un des derniers représentants de la période anarchiste romantique, a vu peu à peu s’élever de nouvelles écoles, s’édifier de nouvelles théories. En même temps, l’idée anarchiste s’infiltrait partout, gagnait tous les mondes, s’exprimait par la plume des littérateurs, influençait les hommes politiques. Aujourd’hui, on ne croit plus guère à la transformation violente et immédiate de la société. On s’efforce de concilier les rêves anarchistes avec la réalité présente. On cherche des moyens d’action, des méthodes.

Les anarchistes positifs, désireux d’obtenir des résultats, sont entrés dans les syndicats et s’occupent d’organiser la classe ouvrière. Les autres, les fous, les naïfs, les rêveurs et les fantaisistes ont abouti au naturisme, au sauvagisme, au milieu libre, à l’anarchisme scientifique, à l’anarchisme hygiénique, au tolstoïsme. À la vérité, il n’y a plus d’anarchisme. Il y a, de ci, de là, de petites chapelles où des jeunes gens vaniteux et ignorants rivalisent d’outrecuidance et d’illogisme.

Cela explique que bien des esprits sérieux et curieux, après un stage assez court dans les milieux anarchistes, aient cherché leur voie ailleurs. Cela explique aussi qu’un homme comme Faure, après avoir passé son existence à prêcher l’égalité et la liberté absolues, n’ait pas cru possible, si déçu qu’il se sentit, de déserter la cause anarchiste.

Mais j’ai la certitude - dût-il me démentir - que Sébastien Faure ne veut pas renoncer à l’étiquette anarchiste, uniquement par générosité et par hauteur d’âme. Au fond, s’il espère toujours, il ne croit plus. Sa foi anarchiste a traversé la crise redoutable comme autrefois sa foi religieuse. Et s’il s’obstine à prêcher, s’il veut aller jusqu’au bout, il a vaguement conscience, au fond, de l’inutilité de ses efforts et du néant de ses rêves.

Mais il continue. Il ne veut pas céder. Il veut croire quand même à la possibilité du bonheur universel, à la supériorité de la raison humaine. Hélas I Le voilà maintenant qui s’adresse à des enfants. Mais qu’il marche toujours. De loin en loin, il rencontre une âme qui s’éveille, un cour qui vibre ; il crée un individu ; il forge une ai. se nouvelle contre l’iniquité actuelle. Et si les hommes, par extraordinaire, devenaient assez sages pour comprendre leur véritable intérêt, s’ils consentaient enfin à transformer l’enfer social dans lequel nous vivons, la société rêvée enfin réalisée devrait beaucoup à un apôtre comme Sébastien Faure qui jette à pleines mains les graines fécondes que le soleil de la Révolution peut faire germer demain.


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