La Bouche de Fer

Les moblots de l’année terrible

dimanche 14 juin 2009 par Cyril

Telles deux locomotives lancées l’une contre l’autre sur une voie unique, la France et la Prusse vont se livrer, à la fin des années soixante, à une délirante guerre des effectifs. Tirage au sort et remplacement des conscrits fortunés assurent à l’armée impériale son contingent de recrues parisiennes, pour cinq ans. Les autres, les « bons numéros », sont versés dans une Garde Mobile qui, du siège de Paris à la Commune, s’étiolera au rythme des querelles politiques du temps. Indisciplinés et frondeurs

Laissés sans entraînement, les 35 000 « moblots » [1] parisiens n’en seront pas moins mobilisés en juillet 1870, après la déclaration de guerre. Indisciplinés, frondeurs et foncièrement anti-bonapartistes, ces civils provisoirement sous l’uniforme sont un souci constant pour leurs officiers. Au camp d’entraînement de Châlons-sur-Marne, où on les a traînés, leur colère éclate au grand jour contre les généraux et Napoléon III. L’armée régulière, elle-même démoralisée par les récents revers militaires, est particulièrement vulnérable aux appels à l’insoumission lancés par ces Parisiens survoltés qu’il faudra bien, vaille que vaille, renvoyer dans la Capitale. Travaillés par les blanquistes et les proudhoniens, ils y aideront au rétablissement de la République (immédiatement confisquée par la grande bourgeoisie) et participeront aux tentatives de sorties afin de briser le carcan prussien enserrant Paris. Les officiers, élus à présent par la troupe, sont parfois d’anciens militants socialistes ou républicains. Mais l’état-major, nommé, reste très élitiste.

La Commune surprendra ces grandes unités (18 bataillons pour la Seine) en plein débat interne. Suivant leur milieu social, leurs sympathies politiques et les possibilités du moment, les gardes mobiles parisiens choisissent leur camp. Sous le formidable coup de butoir du 18 mars, la Garde Mobile n’est plus qu’un grand corps pantelant et démembré, éparpillé entre Paris et Versailles. La Commune regroupera alors les moblots insurgés dans des compagnies de marche improvisées, où leur histoire se confondra avec celle des « fédérés » [2].

Bibliographie sommaire : Loi du 28 janvier 1868 (période impériale). Décret du 16 septembre 1870 (période républicaine). Ordre du 4 avril 1871 (Commune de Paris).

[1] Surnom amical par lequel la population désigne les gardes mobiles (moblot rimant avec flingot).

[2] C’est-à-dire de la Garde Nationale révoltée (à ne pas confondre avec la Garde Mobile, objet de cet article).


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