La Bouche de Fer

Les Fédérés de La Commune

mercredi 26 novembre 2008 par Cyril

La Garde Nationale avait été reformée en août 1870, au début de la guerre franco-prussienne. Si les premiers bataillons recrutaient surtout dans les quartiers aisés de Paris, conservateurs et « politiquement sûrs », il n’en fut pas de même pour les suivants, émanations des milieux populaires. Travaillée par des adeptes de Proudhon et de Blanqui, foncièrement républicaine, violemment antimilitariste et anti-prussienne, la Garde cessa rapidement d’être un soutien au gouvernement bourgeois installé à l’Hôtel de Ville lors du siège de l’hiver 70-71. L’insurrection ratée du 31 octobre, la sanglante boucherie de Buzenval et la proclamation de l’armistice attiseront d’autant la colère de ces ouvriers provisoirement sous l’uniforme, mal équipés et laissés sans entraînement. Pire, la fuite des populations aisées de Paris, lors du siège ou de l’armistice, assure l’hégémonie ouvrière sur la Garde Nationale, devenue alors véritable émanation du peuple en armes.

Le 22 janvier 1871, la Garde manifeste rue de Rivoli, mais e heurte à une partie de la troupe régulière « loyaliste ». À la mi-mars, les bataillons sont fédérés et, dotés d’un Comité Central, échappent totalement au pouvoir bourgeois de l’Hôtel de Ville. « La Garde Nationale doit désormais remplacer les armées permanentes, qui ne furent jamais que des instruments de despotisme et amenèrent fatalement avec elles la ruine du pays [1] ». Les responsables sont élus, à tous les niveaux. Plus de rois, plus de maîtres, plus de chefs imposés. Le « Fédéré » était né.

Place au peuple, aux bras nus…

Le 18 mars 1871, le gouvernement réactionnaire, tenu à présent par le sinistre Thiers, tenta d’arracher à la Grade Nationale une partie de son artillerie. Les Fédérés se soulèvent, marchent sur l’Hôtel de Ville et bousculent l’armée régulière qui se replie sur Versailles avec les débris du gouvernement. Au milieu du chaos ambiant, le Comité Central de la Garde, seule force ayant conservé toute sa cohérence, assure la gestion de l’immense cité avant la tenue d’élection visant à doter Paris d’un Conseil de Commune.

Le 28, la Commune est proclamée. Une offensive en direction de Versailles, lancée sans réelle préparation, échoue complètement et coûte la vie aux responsables insurgés. Le délégué à la guerre de la Commune, Cluseret, tente alors maladroitement de « discipliner » la Garde Nationale, quitte à briser l’élan révolutionnaire. Les hommes de plus de 40 ans, vieux lutteurs anti-bonapartistes, sont renvoyés à leur foyer. Pire, l’obligation de servir est renforcée. Au mépris de toute pratique insurrectionnelle, le « général » Cluseret durcit de jour en jour ses décrets et néglige d’aguerrir les Fédérés par des engagements propres à développer l’esprit d’initiative. Son successeur Rossel, militaire imbu de préjugés patriotiques, ne fera guère mieux…

La suite est connue. Le 21 mai 1871, les Versaillais envahissent Paris sur les indications d’un traître et se répandent dans les quartiers ouest. Le dernier délégué à la guerre, Delescluze, adresse une proclamation pathétique à la Garde Nationale : « Assez de militarisme, plus d’état-major galonnés et dorés sur toutes les coutures. Place au peuple, aux combattants, aux bars nus ! L’heure de la guerre révolutionnaire a sonnée » [2]. La Commune de l’insurrection armée…

Mais il était bien tard. La Semaine sanglante commençait…

[1] Préambules des statuts de la Fédération, fin février 1871.

[2] Proclamation du délégué à la guerre et du Comité de Salut public, Paris, le 21 ami 1871.


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