La Bouche de Fer

Contre insurrection en Ulster

mardi 15 juin 2010 par Cyril

A la fin des années soixante, la minorité nationaliste (catholique) nord-irlandaise est engagée dans un vaste mouvement de conquête de ses droits civils bafoués par le gouvernement unioniste. Emeutes, contre-manifestations protestantes et attaques des ghettos catholiques se succèdent. L’armée anglaise intervient durant l’été 69, officiellement pour « venir en aide au pouvoir civil ». En fait, il s’agit surtout, pour elle, de préserver les intérêts britanniques…

De Malaisie à Chypre, en passant par le Kenya, les troupes de sa majesté sont devenues maître dans l’art de policer les populations civiles. Bénéficiant en outre des expériences françaises en Algérie et américaines au Vietnam, elles vont s’adapter en un temps record à la situation irlandaise. Casque à visière, grand bouclier transparent, gilet pare-balles, bâton ou fusil d’assaut : la silhouette de l’occupant britannique est rapidement campée. Au fil des émeutes, une stratégie contre-insurrectionnelle se dessine. Des équipes spéciales (Snatch Squads) isolent les « meneurs » et les interceptent. Les balles en caoutchouc, le gaz CS dispersent les foules révoltées. La tristement célèbre balle de plastique, bien plus dangereuse, « sélective », apparaît dès 1972. Dans les ghettos hérissés de fortins de l’armée et de la police, les adolescents seront les principales victimes de ces opérations de maintien de l’ordre (on dénombre huit adolescents sur les quatorze personnes tuées par balles en plastique depuis 1975 [1]). Canons à eau de tout genres, radars, barrières d’acier, intensificateurs de lumière : l’imagination répressive ne semble plus connaître de limites…

La face immergée de l’iceberg

Un vaste quadrillage social, policier et militaire doit permettre de neutraliser la population insurgée. Les perquisitions, la garde à vue, les couvre-feu procurent des milliers d’informations aux ordinateurs britanniques. Plus subtile, l’utilisation de sociologues dévoyés renforce les opérations de fichage. Les architectes militaires planchent sur dos dispositifs urbains contre-insurrectionnels. Des quartiers catholiques sont ainsi fracturés, les populations déplacées… L’administration nord-irlandaise lance des appels à la délation alors que l’armée espionne les téléphones et filme les manifestants. Big Brother n’est pas loin.

En 1974, la politique d’« ulstérisation », qui donne à la police nord-irlandaise (RUC) des pouvoirs répressifs accrus, fait de cette société un monde militarisé et endurci à la violence. L’occupant soutient alors, à grand renfort de publicité, un « Mouvement de la Paix » factice (1976) destiné à brouiller les cartes politiques tant à l’étranger qu’à l’intérieur du pays. Malgré quelques succès initiaux, l’opération est un échec [2] . Mais les techniques employées en Irlande du Nord seront graduellement introduites en Grande-Bretagne. Les manifestants antifascistes de 77, les émeu tiers de 81 et les mineurs en lutte en feront la cruelle expérience…

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE :

Cet article a été réalisé grâce à l’observation de photos prises par l’armée anglaise, très fière de ses « compétences » en matière d’IS (Sécurité Interne). Complément indispensable, l’ouvrage de R. Faligot (Guerre spéciale en Europe, Ed. Flammarion) analyse en profondeur le système contre-insurrectionnel britannique des années 70.

Notons enfin l’article de P. Hillyard décrivant les différentes stratégies développées par le pouvoir en Irlande du Nord (in Northern ïreland, The Background To The Conflict, Ed. Darby),

[1] Chiffres cités par J.Leruez in Le phénomène Thatcher (Ed.Complexe).

[2] R. Faligot, chapitre 7 (voir biblio.)


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