La Bouche de Fer

Miliciens sans uniformes

mercredi 7 mai 2008 par Cyril

Nous avons déjà évoqué dans ces pages les milices confédérales qui, parties de Barcelone durant l’été 1936, marchèrent sur l’Aragon alors menacé d’une occupation factieuse généralisée. Ce qui frappa le plus les témoins d’alors, outre le « mordant » des miliciens, ce fut l’incroyable diversité des tenues arborées par ces antifascistes. Difficultés du moment, certes …mais aussi rejet conscient des attributs d’une autorité déchue niant l’individu au profit de la masse.

Une symbolique éminemment réactionnaire

En juillet 1936, déjà, militaires et gardes d’assaut antifascistes avaient souvent otés leurs vareuses avant de se mêler aux ouvriers chassant les factieux des rues de Barcelone. Le port de l’uniforme et des insignes de grade était alors vécu comme éminemment réactionnaire, voir dangeureux (risque d’être pris pour un factieux et abattu). Avec la formation des premières centuries confédérales, le mouvement ne fit que s’amplifier et chacun donna libre cours à ses préférences vestimentaires. Le lecteur en trouvera d’ailleurs de nombreux exemples relatifs à la colonne Durruti dans les illustrations accompagnant ce texte.

George Orwell, ressortissant britannique fraîchement parvenu à Barcelonne, notera d’ailleurs cette tendance au rejet de toute uniformité : « J’ai parlé d’« uniforme » des milices ; peut-être eût-il été plus juste de dire : « multiforme ». L’équipement était pour tous du type général, mais jamais tout à fait le même chez deux miliciens… [1] ». Un historien de l’Armée Républicaine décrira, quant à lui, l’aspect pittoresque présenté par la colonne Durruti durant l’année 1936 [2] : « En elle se mêlaient uniformes et combinaisons de mécanicien, calots et bérets, tricornes, foulards, têtes nues et casquettes plates ». Un membre de la colonne Ascaso écrira de même que l’« uniforme se réduisait à une combinaison, kakie ou bleue, indistinctement, portée avec des espadrilles… Avec la couverture en bandoulière abondaient les foulards rouges (ou plutôt rouges et noirs, ndlr) noués autour du cou ou de la tête, et les calots nantis des sigles CNT-FAI. Quand arriva l’hiver , ce fut la mode des casquettes en cuir… [3]".

L’arrivé de l’hiver, justement, accrut d’autant l’allure fatalemew disparate des miliciens. Les usines catalannes socialies, en pleine réorganisation, livraient dans l’urgence des effets chauds aux centuries en partance pour le front d’Aragon. Ainsi, « tout le monde portait un blouson à fermeture Eclair, mais certains blous étaient en cuir, d’autres en laine, et ils étaient de toutes les couleurs imaginables. Il y avait autant de sortes de casquettes qu’il y avait d’hommes [4] ».

Ce n’est donc pas un hasard si l’état centraliste « républicain », prenant prétexte de cette apparente désorganisation, imposa véritablement la militarisation des milices catalanes en 1937. L’uniforme était de retour, ainsi que le port obligeatoire de (nouvelles) marques de grade. C’est à de petits détails que se mesurent les grandes arnaques…

Au lecteur francophone souhaitant se familiariser avec le phénomène des milices catalanes de 1936, nous conseillons l’ouvrage de G. Orwell (Catalogne libre, ed. Gallimard). Approches politiques et description minutieuse de la vie des miliciens s’y combinent avec un réel bonheur au cours d’une analyse sans complaisance du dévoiement des idéaux révolutionnaires… même si le marxisme du POUM n’est pas notre tasse de thé (ou notre pack de bière).

[1] Orwell servait dans une formation du POUM mais ses observations restent valables pour l’ensemble des miliciens catalans, en décembre 1936. Notons qu’à cette époque, le port de marques de grade tendait à se généraliser au sein des milices et que cette pratique était déjà courante parmis les « techniciens militaires » rattachés aux colonnes confédérales

[2] Etude de C. Zaragoza, Planeta Ed. (en espagnol)

[3] J. M.a Aroca, « Las Tribus », p.28, Acervo ED (en espagnol)

[4] George Orwell


Portfolio

Durruti à Madrid (novembre 1936) Milicien de la Centurie des dinamiteros (octobre 1936) Milicien de la Centurie des dinamiteros (octobre 1936) Milicien de la Septième centurie (novembre 1936) Milicien des premières centuries. Barcelone (juillet 1936) Paysan aragonais rejoignant la Colonne Durruti (juillet 1936)
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