La Bouche de Fer

Frantisek Kupka

lundi 18 mai 2009 par Felip Equy

Au début du XXe siècle, comme de nombreux peintres et écrivains, il fut sensible aux idées anarchistes.

Né en 1871 à Opocno en Bohême orientale, très tôt orphelin, il a eu une enfance pauvre. Doué pour le dessin, il fréquente les écoles des beaux-arts de Prague (en 1888) puis de Vienne (1892). Il s’installe à Paris en 1896.

Pour survivre, il réalise des dessins pour des revues de mode ou humoristiques, des affiches pour les cabarets de Montmartre et des illustrations pour des livres.

Les sujets d’intérêt de Kupka ont été nombreux. Tolstoï l’a fasciné. Il a lu les philosophes allemands et des ouvrages scientifiques mais aussi des livres d’astrologie, d’occultisme et de théosophie, doctrine mystique opposée aux religions officielles. Ces théories ont rencontré à l’époque un certain succès dans les milieux anarchistes. Avant de venir en France, Kupka a même gagné sa vie en étant médium.

Entre 1900 et 1912, Kupka va fréquenter les milieux anarchistes. Il va dessiner dans Les Temps nouveaux de Jean Grave et dans L’Assiette au beurre. Kupka n’est pas un anarchiste militant mais sa participation à ces périodiques montre qu’il avait un intérêt certain pour les idées libertaires.

Il collabore à treize numéros de L’Assiette au Beurre entre 1901 et 1907. Il a réalisé entièrement trois numéros qui ont pour thèmes l’argent, la paix et les religions. Kupka critique une société inégalitaire asservie à l’argent. Il s’en prend aux guerres coloniales et aux fureurs nationalistes. Il dénonce l’abrutissement dû à tous les fanatismes religieux. Il n’épargne aucun dogme. Ses attaques sont dirigées aussi bien contre les monothéismes que contre les paganismes ou les « sagesses » orientales. En 1904, Kupka semble s’être éloigné de ses idées mystiques antérieures. Ses dessins de L’Assiette au Beurre sont beaux et percutants. Il quitte L’Assiette au Beurre à l’arrivée d’un nouveau propriétaire. A son sujet, il écrit : « (Il ne) veut que des dessins qui ne troublent pas la digestion de ses lecteurs. Je suis trop révolutionnaire ».

Les Temps nouveaux sera illustré à partir de juillet 1904. Jean Grave demande un dessin d’actualité chaque semaine à ses amis artistes (Luce, Signac, Angrand, Delannoy, Van Dongen, Jossot…). Les rapports de Kupka avec Grave resteront formels et occasionnels. Entre 1905 et 1912, Kupka réalise une lithographie, six dessins et des illustrations pour Le Coin des enfants. Il illustre aussi la couverture d’une brochure de Kropotkine Le salariat (1909, précédemment parue en 1889). Enfin, en 1908 et 1912, il fera dons de ses œuvres pour les tombolas qu’organise le journal pour renflouer ses caisses.

Kupka est aussi l’illustrateur du dernier livre d’Elisée Reclus (1830-1905), L’Homme et la Terre. Il a réalisé ce travail entre 1904 et 1906. Les deux hommes s’appréciaient mutuellement mais on ignore s’ils ont pu collaborer de façon étroite. Avant d’illustrer le livre, Kupka en avait entièrement pris connaissance. On peut y voir plus d’une centaine de dessins : en-têtes, culs-de-lampe et frontispices. Ses dessins sont d’esprit symboliste. De grandes illustrations présentent les civilisations humaines à travers les millénaires. Il y montre entre autres les oppositions entre le progrès et l’obscurantisme. La nudité très présente symbolise la pureté, l’innocence retrouvée des origines. A un ami poète, il écrivait en avril 1905 : « Ce que j’aurais de mieux à faire serait d’aller éduquer les masses avec un homme comme le vieux Reclus, laisser tomber ce lyrisme stupide qui, bon an mal an, envoie des toiles à des expositions snob ».

En 1909, il prépare des illustrations pour une nouvelle édition de La grande Révolution de Kropotkine. Ce projet tombe à l’eau et ces dessins n’ont malheureusement jamais été retrouvés.

Après 1912, il ne semble pas que Kupka ait eu encore des liens avec l’anarchisme. En 1914, il participe à la Première Guerre mondiale sur le front de la Somme. De 1915 à 1918, il est membre d’une organisation de volontaires tchèques en France. Sa peinture va évoluer du divisionnisme au fauvisme puis au cubisme. Il est ensuite considéré comme l’un des pionniers méconnus de l’art abstrait. Il meurt à Puteaux en 1957.

Sources

Les Cahiers Elisée Reclus, n° 9, octobre 1997.

Les Temps nouveaux. Editions de la Réunion des musées nationaux, 1987.

L’Assiette au Beurre par Elisabeth et Michel Dixmier. Maspero, 1974.


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