La Bouche de Fer

Où est le Ziegelbrenner ?

jeudi 1er mai 2008 par Erich Mühsam

Publié dans Fanal en 1927, ce texte est un appel d’Erich Mühsam à son compagnon Ret Marut, alias l’écrivain Traven, alors bourlinguant à travers le monde avant de se fixer au Mexique. Il est a noter que le passé anarchiste de Traven est systématiquement occulté dans les milieux littéraires, du moins en France.

Un lecteur de Fanal sait-il où se trouve le Ziegelbrenner [1] ? Ret Marut, camarade, ami, compagnon de lutte, homme, signale-toi, bouge-toi, donne signe de vie ; ton cœur n’est pas devenu celui d’un « bonze », ton cerveau ne s’est pas sclérosé, ton bras n’est pas devenu paralysé, ton doigt engourdi. Les Bavarois ne t’ont pas eu en 1919 ; ils te tenaient déjà au collet quand tu leur as encore échappé dans la rue. Autrement, tu te trouverais sans doute aujourd’hui là où se trouvent Landauer et tous les autres, de si vivants esprits, là où je serais aussi s’ils ne m’avaient déjà eu quatorze jours auparavant et ne m’avaient traîné hors de ce centre où l’on assassine.

À présent ils ne peuvent plus t’embarquer. L’amnistie de l’an passé doit t’être applicable. Un jour viendra où l’on établira devant l’histoire la formation et le déroulement de la « Commune » bavaroise. Ce qu’il y a eu jusqu’à maintenant relevait d’un jugement partisan et confus, inspiré par la sottise et la haine, de manière injuste et pharisienne. Moi aussi je suis trop partie prenante, trop étroitement et personnellement impliqué dans les événements, trop profondément mêlé aux controverses sur les erreurs et les mérites de cette Révolution pour savoir être l’historien avec assez d’objectivité.

Tu étais le seul actif dans les événements et capable, en même temps, de voir avec le recul ce qui allait mal, ce qu’on voulait de bien, ce qu’on entreprenait de juste et ce que l’on aurait dû entreprendre de plus juste. La succession de Landauer, ses lettres, ses discours, son action sur la fin, il faudra les soumettre dans peu de temps à la critique publique. Tu étais à ses côtés ; le secondant, le stimulant lorsqu’il était commissaire du peuple à l’Information et à la Propagande. Nous avons besoin de toi. Qui connaît le « briquetier » ? Qui, parmi les lecteur de Fanal, sait où l’on peut trouver, toucher Ret Marut ? Que celui qui peut le trouver, remette ce numéro. Beaucoup demandent de ses nouvelles, beaucoup l’attendent. Nous lançons un appel.

Erich Mühsam, Fanal, avril 1927

[1] Du nom de la revue anarchiste qu’avait lancée Traven sous le pseudonyme de Ret Marut : Der Ziegelbrenner (« Le briquetier »).


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