La Bouche de Fer

Panaït Istrati

vendredi 2 mai 2008 par Erich Mühsam

Dans son article « Littérature polémique », paru dans Fanal, Mühsam recense un certain nombre de témoignages liès à la guerre de 1914 puis évoque successivement Barbusse, Istrati et Trotzky, et leurs positions respectives sur l’URSS. En ce qui concerne l’écrivain roumain Panaït Istrati, il s’agit de son livre Vers l’autre flamme qui relate son voyage en Union soviétique. Cet ouvrage lui valut une haine hystérique de ses anciens amis communistes, notamment de la part de l’écrivain Henri Barbusse, dès sa sortie en 1929.

Il me reste encore à rendre compte des trois livres sur la Russie du grand écrivain-ouvrier Panaït Istrati. Mais comment parler de ces livres bouleversants autrement qu’en vous conseillant, en vous priant, en vous adjurant ainsi lisez, lisez-les ! - je ne sais.

Ici la voix d’un homme déçu, profondément blessé dans son coeur et dans son cerveau, d’un homme dont la révolte est immense, lance un cri d’accusation ; il accuse ceux en qui il a eu foi, avec qui il combattit, espéra, souffrit, à qui il donna sa confiance, qu’il croyait garants du bonheur et de l’avenir de la Révolution russe. Ces livres sont écrits par un prolétaire, par un révolutionnaire, par un grand ami du travailleur et du paysan russes ; ils ont été écrits par un homme qui devrait les écrire avec son propre sang pour ne pas étouffer sous un silence mensonger.

On devrait commencer par le troisième volume : Les chiffres parlent. Barbusse le dit bien, lui aussi : « Une seule attitude est valable : étudier minutieusement et scientifiquement la réalité de la République soviétique, se fier uniquement aux faits les plus exacts et aux chiffres pour se faire une opinion, et faire connaître alors cette opinion, avec tout ce qu’elle implique, de la manière la plus large possible ». C’est ce que fait Istrati. Barbusse croit le faire également.

Comparez, camarades, les documents d’Istrati et ceux de Barbusse. Dites ensuite Istrati est acheté ! Mais lisez ensuite le premier volume et le second –et, entre ceux-là, lisez encore et toujours Barbusse et la presse bolchevique, ainsi que les écrivains staliniens, afin de comparer, sans exercer votre haine, sans renverser méchamment les autels. Je ne dis pas : croyez Istrati ; je dis seulement : lisez Istrati ! Celui qui, après la lecture des deux premiers volumes, préfère croire Staline, qu’il le fasse. Finalement même les Paul Albrecht sont de bonne foi. Car, dit Istrati, en ramenant à leurs plus profondes motivations les « Hosanna » des citoyens de prestige : « Il faut être juste : un pays, et surtout un tel pays, n’invite personne pour lui montrer ses tas de fumier ». Lisez Istrati. Quand bien même cela fait mal, cela vaut mieux de livrer les profanateurs à la vengeance des croyants que de masquer leur oeuvre pour faire croire que le temple n’est pas profané. Si la Révolution russe était déjà perdue, on pourrait, de désespoir, mentir avec les menteurs, mais Istrati a raison lorsqu’il dit « Les travailleurs russes ont toute raison de croire en leur avenir ». C’est pourquoi il faut parler, et ne rien omettre de la réalité ! Istrati n’omet rien. Que les hommes au pouvoir voient là une menace contre leur pouvoir, la vérité vaut mieux que leur désir de pouvoir.


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