La Bouche de Fer

André Héléna

Le noir est la couleur qui sied le mieux à cet écrivain. C’était celle de son drapeau, de son désespoir, de sa révolte, des ciels opaques en formes d’horizons bouchés qui le hantaient. Noir par l’alcool aussi…

Qui est Héléna doivent se demander certains, si ce n’est la plupart ? Un auteur de romans noirs des années cinquante, décédé en 1973… Dur ! Déjà qu’il y a pas beaucoup de places pour les auteurs vivants, alors pour ceux qui sont morts, pensez ! Seulement voila, ce pour quoi André Héléna a vibré toute sa vie, la chair de sa chair, a survécu. Une œuvre littéraire disparate, inégale, mais haute en noir et blanc… empreinte d’un talent indéniable, d’une urgence qui lui confère une modernité intemporelle. André Héléna est à rapprocher des auteurs américains des années 30, les fameux hard-boiled (durs à cuire). Comme eux, il nous décrit les 36e dessous, sans s’apitoyer, avec lucidité, et férocité même… Il n’y a pas de sentimentalisme chez Héléna, mais il y a des sentiments cachés. On les découvre en filigrane de la trame de ses récits : une colère, une révolte, une certaine compassion pour les antihéros, les pauvres types, les petits truands broyés par l’engrenage fatal de la violence, de la criminalité. Héléna avait coutume de dire à sa compagne que s’il fréquentait les bars louches de Pigalle et d’ailleurs, c’est parce qu’il y rencontrait des gens extraordinaires. Il se constituait ainsi un réservoir inépuisable de récits. Techniquement, Héléna est impeccable : un sens du rythme hors du commun qui fait qu’on ne lâche pas si facilement un de ses bouquins quand on l’a commencé, et un style sans pareil mélangeant l’argot, le langage parlé et des références stylistiques beaucoup plus classiques, voire poétiques. On a dit d’Héléna qu’il cultivait la noirceur à outrance et qu’il entretenait même un certain misérabilisme. C’est un point de vue : celui des fanas du roman de déduction par exemple, que seules l’énigme et la résolution du crime intéressent. Mais si on appelle une catégorie de la littérature de genre : roman noir, c’est parce que ce dernier s’ancre dans une réalité et dans la tragédie de l’existence ; c’est ce qui lui donne sa grandeur et sa force sans quoi il ne serait qu’un art mineur comme l’est le banal roman policier. Et cela n’empêche pas l’humour, le noir est de rigueur, d’être présent. Le rire, grinçant, accompagne souvent le malheur…


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Un si bon diable !

mardi 2 décembre 2008
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